Lutte aux plantes exotiques envahissantes à la Baie de Beauport - AF2R - Association forestière des deux rives

Lutte aux plantes exotiques envahissantes à la Baie de Beauport

À propos du projet

En automne 2023, l’AF2R s’est vu confier la mission d’un plan de lutte contre les plantes exotiques envahissantes (PEE) sur le site de la baie de Beauport. Situé le long du fleuve Saint-Laurent, ce site enchanteur, doté d’une belle plage et offrant une vue magnifique, est largement fréquenté par les citoyens.

Objectifs du projet

1 Préserver la biodiversité de la Baie de Beauport en limitant la propagation des plantes exotiques envahissantes;
2 Protéger les écosystèmes riverains;
3 Restaurer les espaces naturels ouverts et boisés de la Baie de Beauport.

Étapes du projet

Dans un premier temps, l’AF2R a soumis à l’APQ un plan de lutte à l’automne 2023. Ce dernier émet des recommandations pour la gestion des PEE a la Baie de Beauport, tirées  du « Rapport technique sur l’inventaire des plantes exotiques envahissantes de la Baie de Beauport » réalisé par le Bureau du Nionwentsïo en septembre 2022. Par la suite, l’APQ a confié à l’équipe de l’AF2R la mise en œuvre de ce projet, prévoyant une période d’intervention de cinq ans, soit du printemps 2024 à l’automne 2028.

Qu’est-ce qu’une PEE?

Une plante exotique envahissante (PEE) est une espèce végétale qui a été introduite hors de son aire de répartition naturelle, et qui colonise de nouveaux territoires à un rythme rapide. Son succès est souvent dû à une utilisation très efficace des ressources et un mode de reproduction particulièrement efficace donnant des populations dominantes.

Cela fait en sorte que les espèces locales ont de la difficulté à se développer assez rapidement pour compétitionner contre les PEE. Au Québec, plusieurs plantes exotiques envahissantes sont présentes, qu’elles soient terrestres ou aquatiques.

Pourquoi préserver la baie de Beauport?

Préserver la baie de Beauport est vital non seulement pour préserver ses nombreux attraits récréatifs, mais aussi pour maintenir les services écosystémiques essentiels contribuant ainsi au bien-être des communautés locales et à la conservation de la biodiversité le long du fleuve Saint-Laurent. En effet, la préservation de la baie de Beauport à Québec est importante pour plusieurs raisons :

L’accès à l’eau : La baie de Beauport offre un accès direct au fleuve Saint-Laurent, ce qui permet aux citoyens de profiter d’activités nautiques comme le kayak et offre un lieu de détente et de loisirs en bord de plage;

Les services culturels : En tant qu’endroit apprécié par la communauté locale pour ses activités récréatives telles que le terrain de volleyball et les plaisirs de la plage, la baie de Beauport joue un rôle culturel significatif en offrant un espace de rassemblement et de loisirs;

Un habitat pour la faune : Les habitats côtiers de la baie de Beauport soutiennent une biodiversité riche le long des rives du fleuve Saint-Laurent. Préserver cet habitat est crucial pour maintenir les populations d’espèces animales locales et migratrices qui dépendent de ces environnements pour leur survie. Par exemple, certaines espèces d’oiseaux aquatiques et des poissons s’y abritent.

La lutte aux PEE préserve la santé des écosystèmes et des communautés humaines. Voici 6 impacts négatifs liés aux PEE :

1 Elles nuisent à la biodiversité, aux écosystèmes naturels et leurs services écosystémiques. En se multipliant rapidement et en formant des colonies très denses, les PEE empêchent le développement des espèces indigènes;

2 Elles perturbent l’horticulture ornementale et l’aménagement paysagé. Certaines espèces de PEE peuvent coloniser des milieux ouverts comme des rives. La plupart colonisent des milieux anthropisés, soit perturbés et modifiés par l’être humain, tels des bords de routes et des voies ferrées, mais aussi des jardins. Une fois installés sur leurs terrains, il devient difficile pour les propriétaires de s’en débarrasser;

3 Elles impactent la santé de la faune. Certaines plantes envahissantes peuvent être toxiques pour les animaux, affectant leur santé et leur capacité à se reproduire. Par exemple, les fruits du nerprun cathartique qui sont toxiques pour la plupart des animaux, ce qui crée des changements dans les chaînes alimentaires et entraîne une diminution des ressources disponibles pour les animaux;

4 Elles dérangent les activités de loisirs en perturbant l’aspect visuel et en bloquant la vue des espaces naturels;

5 Elles nuisent à l’agriculture, et aux productions horticoles et forestières en réduisant les rendements;

6 Elles nécessitent la mise en place d’un plan de lutte qui mobilise des ressources et génère des dépenses non désirées, surtout lorsque la présence de l’espèce ou des espèces de PEE est observée après un certain temps. Par exemple, le nerprun peut compromettre la rentabilité des opérations forestières, limiter la pratique de loisirs ou nuire au succès de chasse.

Les PEE induisent fréquemment des changements significatifs dans les milieux naturels qu’elles occupent. Avec la présence de plusieurs espèces jugées problématiques, la baie de Beauport n’échappe pas à cette menace. L’AF2R a décidé de lutter contre les trois principales PEE présentant une plus grande menace sur le milieu, soit la renouée du Japon, le roseau commun et le nerprun cathartique.

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Les plantes exotiques envahissantes de la baie de Beauport!

1. Nerprun cathartique

Originaire d’Europe, le nerprun cathartique était utilisé autrefois à des fins médicinales pour son effet purgatif. Une fois installé, le nerprun nuit à la croissance des plantes indigènes en poussant densément et en limitant l’accès à la lumière. En boisé, cela freine la germination et la régénération des espèces forestières au sol avec lesquelles il doit compétitionner pour l’accès à la lumière. De plus, ses graines se disséminent assez facilement à cause des oiseaux qui aiment manger ses fruits.

© AF2R

Caractéristiques :

Arbuste de 3-8 mètres de hauteur;
Feuilles vertes à ramification opposée;
Port buissonnant, compact, et très dense;
Écorce brun noirâtre;
Fruits en forme de globe d’une couleur verte à noire à pleine maturité.

2. Renouée du Japon

La renouée du Japon a des impacts tant sur l’environnement que sur les sociétés humaines. La présence d’une colonie, composée de tiges ligneuses et de feuillage dense, peut bloquer jusqu’à 90% de la lumière qui atteint le sol, ce qui diminue drastiquement la présence de plantes indigènes. À l’automne, lorsque les tiges de la renouée du Japon meurent, les berges sur lesquelles elle s’est installées sont mises à nus, ce qui participe aux risques d’érosion.

© Susan Southward

© AF2R

Caractéristiques :

Plante herbacée vivace de 2-3 mètres de hauteur;
Tiges creuses qui ressemblent au bambou, d’une couleur verte avec des taches rougeâtres;
Feuilles vertes d’une forme ovée en disposition alterne;
Fleurs petites et blanches disposées en grappes.

3. Roseau commun

Semblable à un plumeau, cette plante graminée est reconnue pour sa rapidité de propagation dans un nouvel environnement. Elle pousse surtout dans les milieux ouverts, les marais d’eau douce, et même les fossés de drainage routier, où elle a tendance à monopoliser les ressources au détriment des autres plantes et espèces indigènes. Le roseau commun est versatile ; il s’installe autant sur un sol bien drainé, qu’un sol inondé.

© Wikipedia

Caractéristiques:

Grande taille qui le distingue des autres plantes, de 3 à 5 mètres de hauteur;
Tiges érigées vertes ou jaunâtres non ramifiées;
Feuilles vertes en alternance;
Le panicule, situé à l’extrémité de la tige, est volumineux et ressemble à un plumeau. Il peut avoir plusieurs colorations, telles que le jaune, le vert, ou même le pourpre foncé.


Les méthodes de luttes utilisées

Fauchage et arrachage manuel

Description :

La fauche consiste à la coupe des plants près du sol. L’arrachage manuel, pour sa part, consiste à retirer les rhizomes, les stolons ou les racines en creusant dans le sol avec une pelle à main. La méthode d’arrachage manuel est efficace lorsqu’elle est répétée régulièrement chaque saison et sur plusieurs années, nécessitant ainsi un entretien continu.  La gestion des résidus est très importante dans la lutte aux PEE pour limiter la contamination d’autres sites dans le transport des déchets végétaux.

Avantages et inconvénients:

Le fauchage et l’arrachage manuel est une technique de lutte qui permet de contrôler et limiter l’expansion de la colonie, souvent de manière temporaire. Elle a l’avantage de nécessiter peu d’outils et générer peu de coûts. Cependant, sa pratique demande des efforts proportionnels à l’ampleur de la tâche, ce qui limite son choix dans les projets de grande envergure. La plupart du temps, le fauchage et l’arrachage manuel doivent être combinés à une autre technique de lutte pour être durable.

PEE ciblées :

Renouée du Japon : L’excavation est généralement très coûteuse, donc l’arrachage manuel est la principale méthode de lutte contre les huit colonies de renouée du Japon répertoriées. Les tiges aériennes sont coupées et les parties souterraines (racines et rhizomes) sont extraites. Il est important de retirer un maximum de racines pour éviter la repousse des tiges. Par la suite, il faut mettre toutes les parties végétales dans des sacs plastiques hermétiques qui seront envoyés à l’incinérateur de la ville.

Roseau commun : La méthode de fauche consiste à couper les rhizomes d’une tige avec une pelle. Le fauchage et l’arrachage ne donnent généralement qu’un effet temporaire, cela ne permet pas d’éliminer complètement la colonie. Un technique de lutte complémentaire comme la pose d’un géotextile après la fauche doit être utilisée.

Nerprun cathartique : L’arrachage manuel est fait à l’aide d’une pelle ou d’un treuil, installé à l’arrière d’un VTT ou d’un tracteur, pourrait être utilisé lorsque le diamètre du tronc est trop élevé. La coupe des tiges est combinée avec l’application de l’herbicide après la coupe.

Bâchage

Description :

Le bâchage implique la pose d’un géotextile ou d’une géomembrane en polyéthylène sur la colonie. La méthode consiste à étendre une toile imperméable noire sur le sol, à l’endroit où  des plants ont préalablement été fauchés. Sous le sol, les végétaux sont privés d’énergie lumineuse, ce qui bloque leur croissance et réduit leur chances de survie. La bâche doit rester en place pendant plusieurs années pour optimiser les chances de succès : elle doit être en place au moins deux ans pour que la méthode de bâchage fasse effet. Idéalement, l’installation d’un géotextile/géomembrane est suivie d’une plantation arbustive. Attention : cette méthode est efficace uniquement si l’entièreté de la colonie est recouverte par la bâche. Pour certaines PEE qui se reproduisent par rhizome, cela peut inclure de couvrir une marge supplémentaire autour de la colonie.

Avantages et inconvénients:

Le bâchage permet de cibler les zones où les plantes exotiques envahissantes sont présentes, en affectant le moins possible les autres plantes ou l’environnement environnant;
Cette méthode est moins invasive et radicale pour le sol et la biodiversité locale que pourraient l’être les pesticides;
L’utilisation de la bâche peut nuire à l’aspect visuel d’un site.

PEE ciblée :

Roseau commun.

Végétalisation

Description :

Cette méthode consiste, après la fauche et l’arrachage, à planter des arbustes et des arbres pour créer une compétition végétale et générer de l’ombre sur les zones précédemment occupées par la plante envahissante. À long terme, la végétalisation représente une étape cruciale pour parvenir à éradiquer complètement les plantes exotiques envahissantes du site. Cette approche permet de réduire significativement le risque de réinstallation des espèces envahissantes.

Avantages et inconvénients :

Créer de la compétition de ressources pour les plantes envahissantes;
Restaurer l’équilibre écologique;
Supporter la biodiversité locale;
Un suivi des zones de végétalisation sera nécessaire, c’est donc une méthode qui demande un certain coût ainsi que de l’entretien;
C’est un processus qui demande du temps;
Le risque de réinstallation de plantes envahissantes n’est pas nul.

PEE ciblée :

Renouée du Japon.

La combinaison de plusieurs méthodes augmente les chances de succès!


Ressources supplémentaires

Sources et références

MELCCFP – Espèces exotiques envahissantes >
MELCCFP – Renouée du Japon >
CRE Capitale-Nationale – Renouée du Japon >
Université Laval – Plantes envahissantes/Renouée du Japon >
FQPPN – Renouée du Japon >
Livre : 50 plantes envahissantes : protéger la nature et l’agriculture. Lavoie, Claude (2019). Québec : Les publications du Québec. 416 pages

Pour information

Frédérique Fortin
Chargée de projets en milieux naturels et aménagés
conservation@af2r.org


Ce projet est une initiative et une réalisation de :

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