
Réjean Beaudoin, scieur
Réjean Beaudoin, c’est le « pro du billot ». D’un seul coup d’œil, il décide de l’avenir des billes de bois qui circulent sur le chariot de la scie dont il est l’opérateur. Après 35 ans de service au sein de la même entreprise de sciage, il sait rapidement différencier les essences de bois et tirer le maximum de chaque bille soumise à son jugement. Comme dans un jeu vidéo, il actionne les boutons de sa console afin de donner les commandes appropriées à la scie qu’il opère. Une fois découpées par la scie de Réjean, les pièces de bois passeront à la finition ou seront envoyées vers des usines de transformation.

Poste : |
Scieur double coupe |
Employeur : |
Clermond Hamel Ltée |
Localisation: |
Saint-Éphrem-de-Beauce (Chaudière-Appalaches) |
Fonctions : |
Charger les troncs et maximiser la rentabilité des billes destinées au débitage; évaluer correctement les billes de bois afin d’en tirer la meilleure qualité et le meilleur rendement possible; entretenir les lasers. |

« Chaque problème est une occasion d’apprendre. Quand on “scrape” une scie, on acquiert de l’expérience. C’est ça qui permet à un scieur de s’améliorer. »
Champs d’intérêt
« J’ai toujours aimé ça, être dans le bois », commence Réjean, référant à son travail chez Clermond Hamel Ltée, une entreprise de sciage de bois plus que centenaire. « J’ai commencé mon travail ici quand le premier quart de nuit a ouvert, il y a 35 ans. Je suis entré sur le “chipper” et après ça j’ai monté graduellement. J’ai travaillé à l’ébouteuse, à la scie à refendre et c’est à la suite de ça que j’ai commencé à travailler sur la grande scie. Un des avantages à être scieur, c’est qu’on a un poste de travail confortable. Ça n’a pas toujours été comme ça et il y a encore des scies où il faut travailler manuellement et rester debout durant toute la journée. J’aime aussi l’environnement dans lequel je travaille. Les compagnons de travail, c’est des amis. Quand je me lève le matin, j’ai hâte d’arriver. » Aussi motivé qu’aux premiers jours de son entrée à l’usine, Réjean voit également dans chaque problème une nouvelle occasion d’apprendre.
Qualités recherchées
« Le rôle du scieur, c’est de faire la première coupe sur le bois. Le défi, c’est d’être le plus constant et le plus précis possible pour aller chercher un maximum de matière première dans chaque bille de bois. Avoir une bonne vision, c’est aussi très important parce qu’il faut être précis. Dans le domaine du bois franc, ça demande encore plus de précision dans la coupe. Par contre, ici, on ne vend pas de bois franc, on produit surtout du bois mou : de l’épinette, du sapin et de la pruche. Pour atteindre une bonne productivité sur une scie, ça prend entre 6 et 8 semaines. À la scie jumelle, on passe 20 billots par minute. Ça prend aussi de la patience. Il faut aimer être tout seul dans sa cabane. »
« Au chariot automatique, le bois circule devant nous, c’est plus manuel comme travail. Il faut bien aligner la bille sur le chariot avec l’aide d’un tourne-bille. Dans le temps, il y avait un cadran et on devait peser sur un bouton pour arrêter la bille quand on arrivait à l’endroit où on devait couper. Il fallait être bon en calcul mental pour déterminer les coupes à faire. La technique était moins précise, mais c’était quand même un beau défi d’essayer de s’imaginer les planches dans la bille. Ce sont des connaissances utiles quand il y a des commandes spéciales : je suis assez habitué pour dire que dans telle ou telle bille, je peux aller chercher ce que je veux, du 4 X 6 ou encore du 5 X 6, etc. Aujourd’hui, tout a été automatisé, le travail est plus routinier. C’est moins stressant et aussi plus sécuritaire qu’avant. »
Formation
Pour devenir scieur, il est suggéré de suivre le programme de formation professionnelle en sciage. « Quand j’ai commencé à travailler chez Clermond Hamel Ltée, ces formations-là n’existaient pas. Par contre, une formation, c’est une bonne expérience. Ça permet d’apprendre à travailler avec les machines et à ne pas avoir peur des “pitons”. C’est aussi l’occasion d’acquérir la connaissance du bois et de savoir ce que c’est un 2 X 4 ou un 2 X 10. C’est important lorsqu’on a des commandes, il faut connaître les billots et les propriétés des essences de bois. Par exemple, l’épinette est plus résistante que le sapin, ça fait de meilleurs supports pour la construction. » Selon Réjean, une formation permettrait aussi d’occuper différents postes dans l’usine. « Ça donne plus de flexibilité et ça permet probablement de travailler sur différentes scies », indique-t-il.
Horaire et milieu de travail
Le scieur travaille en moyenne 40 heures par semaine, sur un horaire de travail fixe, habituellement de jour. « Personnellement, je travaille 43 heures par semaine. Je fais 9 heures par jour sur un horaire de 7 h à 5 h et le vendredi, je termine à 15 h. Dans ma journée, je fais 3 heures sur le chariot automatique et le reste du temps, je travaille sur la scie jumelle. Ça fait du bien quand on change de machine, le rendement est meilleur. Étant donné qu’il y a aussi un quart de nuit, c’est assez rare qu’un scieur fasse des heures supplémentaires. Les scieurs du quart de nuit travaillent pendant 10 heures, 4 nuits par semaine. » Réjean peut donc compter sur ses fins de semaines pour prendre du repos.
Réjean apprécie son horaire tout autant que son milieu de travail. « L’hiver, je travaille au chaud et l’été, au frais. Dans les cabanes où se situe notre poste d’opérateur, on a l’air climatisé et c’est insonorisé, on est tranquille. Il y a seulement au chariot automatique qu’on se met des bouchons. Mais les scieurs vont de plus en plus travailler dans des endroits insonorisés, ça va être de plus en plus comme ça. On pourrait probablement écouter de la musique, mais moi, je me fie beaucoup au son de la scie pour qu’elle ne dépasse pas son maximum. Si tu rentres trop vite la scie dans la bille, tu peux sortir ta scie. Elle casse et c’est l’affûteur qui sera pas très heureux et qui va devoir mettre la scie dehors », complète Réjean.
Rémunération
Le revenu annuel moyen d’un scieur est d’environ 31 000 $. Toutefois, il existe différents types de scies et une diversité d’entreprises de sciage, les échelles de salaire variant selon la tâche accomplie par le scieur et l’entreprise pour laquelle il travaille. « Chez Clermond Hamel ltée, les salaires tournent autour de 16 $ à 18 $ l’heure pour un salaire annuel de 34 000 $ à 38 000 $. L’ensemble de l’équipement est aussi fourni par l’employeur. » Il arrive également que certaines entreprises de transformation du bois donnent des bonus à leurs employés en fonction de la qualité de la production et de la productivité de l’usine.
Défis et perspectives
Réjean a vu l’industrie du sciage évoluer tout au long de ses 35 années de carrière. « Il y a toujours du changement : on se demande si ça va arrêter un jour! Ici, on scie 20 billots à la minute, mais il paraît qu’il y a des usines qui vont encore plus rapidement. À mon âge, je suis content de travailler avec les nouvelles scies, ça rend mon travail moins physique. Sur le chariot automatique, qui demande plus de travail manuel, je sors de ma journée brûlé, ça demande beaucoup. Heureusement, les emplois en usine sont beaucoup moins physiques aujourd’hui et les conditions de travail s’améliorent constamment. »
Selon Réjean, il est également possible pour un scieur d’avoir de l’avancement dans une usine. « Depuis que je travaille chez Clermond Hamel Ltée, j’ai presque fait tous les emplois qu’il y a dans l’usine. Dernièrement, il y a un jeune qui a intégré un poste de scieur. Ça faisait quelques années qu’il travaillait ici. Le fait de travailler à l’usine lui a permis d’apprendre à connaître les billes de bois. Une fois scieur, comme il y a plusieurs scies dans l’usine, on peut passer d’une scie à l’autre. Ça peut aussi être une forme d’avancement. » Quant à la stabilité de son emploi, Réjean semble confiant. « La situation actuelle ne m’inquiète pas trop. Depuis que je suis ici, il y a des variations, des hauts, mais aussi des bas. Dans les années 1980, c’était très difficile : il y a eu une grosse récession et un incendie dans l’usine. Il n’y avait d’ouvrage nulle part, mais on a fini par passer au travers. »
Conseils
Réjean Beaudoin est positif. Selon lui, les jeunes qui aiment travailler et qui sont prêts à affronter les multiples « pitons » de la console du scieur seront à leur aise dans ce métier. « C’est important d’apprendre à connaître le bois et les propriétés des différentes essences. Aller à l’école de foresterie de Duchesnay ou dans toute autre école de foresterie peut donner un bon coup de main. » Malgré les obstacles, Réjean n’a que de bons mots sur le métier de scieur. « Chaque problème est une occasion d’apprendre. Quand on “scrape” une scie, on acquiert de l’expérience. C’est ça qui permet à un scieur de s’améliorer », conclut Réjean, dans la hâte de retrouver sa console.
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