
Solaine Bouchard, interprète du milieu naturel
Interprète du milieu naturel au travail comme dans la vie, Solaine Bouchard s’efforce de transmettre sa passion pour la nature aux plus grands comme aux plus petits. Même un dense nuage de moustiques ne saurait l’arrêter. Au service de l’Association forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis peu, elle parcourt les écoles de cette région afin d’amener les jeunes à prendre conscience du lien qu’ils ont avec l’environnement qui les entoure. Un de ses objectifs : faire comprendre que le bois est un matériau essentiel dans nos sociétés, qu’il faut respecter la forêt et la gérer d’une manière durable.

Poste : |
Naturaliste |
Employeur : |
Association forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean |
Localisation: |
Ville de Saguenay, arrondissement Jonquière (Saguenay) |
Fonctions : |
Animation des activités de sensibilisation sur le milieu forestier dans des écoles du Saguenay-Lac-Saint-Jean; mise à jour de scénarios d’animation; compilation de statistiques. |

« En forêt, j’aime que les gens soient étonnés devant les trésors de la nature. »
Champs d’intérêt
Partie dans l’Ouest canadien pendant trois ans, Solaine revient au Québec avec un rêve : découvrir la nature en profondeur et explorer le terrain. « En fouillant sur Internet, je suis tombée sur la formation d’éco-interprète. À mon retour de l’Ouest, j’ai commencé cette formation. Plus les jours avançaient, plus j’aimais ça. On est toujours en contact avec le public et on apprend des choses aux autres, c’est un métier qui est très valorisant. La majorité du temps, on travaille à l’extérieur, mais si on préfère le travail d’intérieur, il y a les musées. En forêt, j’aime que les gens soient étonnés devant la nature. J’en profite pour leur montrer des observations particulières comme le monotrope uniflore, une plante sans chlorophylle », confie-t-elle, comme si elle révélait un secret.
Toutefois, Solaine avoue que les vertus de la nature ont tout de même leurs limites, puisque dans sa diversité elle inclut notamment... les moustiques! « J’avoue que lors de mon stage au parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, après un printemps pluvieux, on avait beau mettre du chasse-moustique, ça demeurait presque insupportable. Mais on fait face au public, il faut rester patient et faire comme si de rien n’était, d’autant plus que ce n’est pas des moustiques qui vont m’enlever la joie de parler aux visiteurs et de vulgariser ce qui nous entoure. Mon travail nécessite aussi beaucoup de déplacements en voiture, ce qui n’est malheureusement pas très écologique, mais le plus grand désagrément à mon avis, c’est de se retrouver au chômage à la fin d’une saison. Quoique pour certains, c’est un avantage. Moi, j’ai trouvé ça assez difficile », concède-t-elle, bien qu’on sente que ça ne l’a pas empêché de progresser dans son métier.
Qualités recherchées
« Guider un groupe, ça demande de l’autonomie, du leadership, de la ponctualité et le sens des responsabilités. Il faut aussi être capable d’assurer la sécurité de tous. Être en bonne santé peut aider, mais on peut trouver sa place sans être un grand sportif. » La créativité est également au rendez-vous. « Il y a beaucoup d’endroits où on nous demande d’être bon bricoleur et de monter des activités théâtrales. Quand il nous arrive d’écrire un scénario, c’est important d’avoir une petite base en informatique pour les recherches et d’être bien organisé pour qu’une autre personne puisse reproduire la même animation. »
« Au début, je craignais d’avoir des lacunes en communication, mais j’ai découvert que je prends plaisir à vulgariser les choses pour les gens. » Se débrouiller dans une autre langue représente également un atout. « Le domaine est nécessairement lié au tourisme et le touriste est international. Il ne parle pas nécessairement français. Avoir une base en anglais donne beaucoup plus de chance d’obtenir un emploi. On se doit aussi d’être à l’écoute des gens, d’être passionné et capable de transmettre sa passion en adaptant la vulgarisation pour tous les âges. Il faut être capable de rester neutre en tout temps et de montrer les différents côtés de la médaille. » Une bonne dose de patience et de diplomatie est à recommander. « On ne sait jamais sur quel genre de clientèle on peut tomber. C’est important d’avoir du leadership, sinon c’est facile de se faire marcher sur les pieds. »
Formation
« J’ai fait ma formation d’éco-interprète au cégep de la Gaspésie et des Îles, un cours intensif d’un an et demi qui mène à une attestation d’études collégiales (AEC). Maintenant, le programme a une durée d’un an pour permettre aux finissants de prolonger leur stage lorsqu’ils terminent la formation. Mes études m’ont apporté beaucoup de connaissances générales, une base dans tout ce qui touche le milieu naturel, la géologie et l’histoire. On a aussi d’excellents professeurs, dont Diane Attendu qui a fortement contribué à la mise sur pied du programme. » Solaine ajoute également que la Gaspésie offre un environnement rêvé pour faire l’apprentissage de l’éco-interprétation. « C’est vraiment un bon terrain pour aller faire de l’observation et voir différents phénomènes. »
« Le cours n’est très pas connu, mais il a très bonne réputation. Les éco-interprètes sont très appréciés de ceux qui les connaissent. » Je comparais mon parcours à ceux qui ont fait la technique en milieu naturel, option aménagement et interprétation du patrimoine. On a les mêmes connaissances, mais la technique est plus longue et donne des connaissances plus approfondies qui permettent d’occuper d’autres types d’emplois. L’AEC en éco-interprétation est plus courte et met l’accent sur la vulgarisation. Même dans les cours d’anglais, on a fait des capsules d’interprétation », explique-t-elle.
Horaire et milieu de travail
L’interprète du milieu naturel travaille de 35 à 40 heures par semaine, selon un horaire souvent variable. « À l’association, j’ai un horaire assez régulier, mais ce n’est pas rare qu’un éco-interprète ait à travailler les soirs ou les fins de semaine. » Les emplois offerts sont souvent saisonniers. « On peut aussi devoir déménager pour occuper un nouvel emploi ou avoir de longs déplacements à effectuer. Avec l’Association, j’ai été appelée à aller à Chibougamau pendant une semaine. J’ai aussi habité à Saint-Félicien lorsque j’ai travaillé pour le zoo. J’ai même passé un été à Tadoussac. Là-bas, il y a une maison pour les naturalistes, les gens qui y vivent ont souvent les mêmes intérêts, on peut faire beaucoup d’échanges, on a beaucoup de plaisir et c’est un milieu très intéressant. »
L’éco-interprète peut travailler à l’intérieur comme à l’extérieur. « Mon travail actuel avec l’Association se déroule dans les écoles : une partie se fait à l’extérieur et une autre à l’intérieur. J’ai aussi eu l’occasion de travailler dans un musée où j’étais guide dans les salles d’exposition, mais en général, l’éco-interprète réalise des activités à l’extérieur. Le reste du temps va être consacré au travail de bureau, à concevoir des animations, à remplir de la paperasse, à compiler des statistiques, à monter du nouveau matériel et à faire des rapports d’activité. C’est un travail qui peut être très physique. Dans le poste de naturaliste au parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, je devais monter une montagne de 800 m deux fois par semaine et rester debout toute la journée. »
Rémunération
« En moyenne, un éco-interprète gagne de 12 $ à 13 $ l’heure et les salaires dans le domaine en général varient entre 8 $ et 16 $ l’heure. » Le revenu annuel d’un éco-interprète varie donc de 16 500 $ à 32 500 $ pour les emplois de 40 semaines et plus (CQRHT). « On reçoit un salaire fixe avec possibilité d’augmentation lorsqu’on cumule des années d’expérience. Nos déplacements et le matériel qu’on utilise dans nos activités sont payés par l’employeur. » Par contre, l’éco-interprète a rarement accès à des avantages particuliers. « Avec Parcs Québec, on a accès à tous les parcs, mais il y a peu d’avantages sociaux en général dans ce métier. » De plus, il ne faut pas oublier qu’une bonne majorité des emplois sont saisonniers. « Les éco-interprètes vont parfois avoir des périodes de chômage durant les saisons creuses, bien que ce soit possible de travailler à l’année lorsqu’on est polyvalent. »
Défis et perspectives
« Un des grands défis, c’est de valoriser le métier et de le faire connaître. Lorsque je dis aux gens que je suis naturaliste, il y en a beaucoup qui ne savent même pas ce que c’est. Heureusement, c’est un domaine en développement, surtout dans un contexte où on fait face à de grands défis environnementaux. Ça devient essentiel de sensibiliser les gens. » Il existe déjà des endroits dans lesquels le rôle des naturalistes est reconnu. « De plus en plus de personnes ne fréquentent les parcs dans le but de découvrir les merveilles qu’ils renferment qu’à travers les activités d’interprétation. » Solaine relève aussi des défis personnels dans la pratique de son métier. « Il y a toujours possibilité d’aller plus loin au niveau de l’acquisition de connaissances et de la communication. Présentement, mon défi, c’est d’apprendre à travailler avec les enfants. Et ça se passe plutôt bien! »
« Les perspectives d’avenir? Je pense qu’elles sont très bonnes. Ça a été assez facile pour moi de me trouver de l’emploi dans ma région d’origine. Il y avait beaucoup d’offres. Il s’agit de bien se préparer et de passer beaucoup d’entrevues. Au cours de la formation en éco-interprétation, une personne du centre d’emploi vient nous rencontrer pour nous donner des trucs pour notre CV et pour les entrevues et notre professeure assure un suivi tout au long du processus. » Avec quelques années d’expérience, un éco-interprète peut également accéder à des postes plus spécialisés. « Il y a la possibilité de devenir chef naturaliste, de se spécialiser en éducation relative à l’environnement ou en écotourisme. On a aussi des connaissances en pédagogie qui peuvent nous donner une ouverture vers l’enseignement. »
Conseils
« Il ne faut pas avoir peur de se lancer, conseille Solaine. Si on est intéressé par les milieux naturels, ça peut être très stimulant. Le métier d’éco-interprète gagne à être connu et il y a de plus en plus d’ouverture. » Et aux plus hésitants, elle conseille de demeurer confiant. « Il ne faut pas se décourager. Ça peut être difficile au début, mais plus on avance, plus c’est valorisant. Tous les jours, on peut s’en ressentir », complète-t-elle, un sourire dans la voix.
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