Retour aux métiers

Sébastien Dubé, technicien en aménagement récréoforestier

Sébastien Dubé donne les dernières instructions à son équipe. Soudainement, le sol se met à trembler sous le boisé des Écarts : un immense train s’avance sur les rails qui bordent ce milieu naturel. Pourquoi tout ce vacarme? Les wagons qui approchent contiennent un chargement de sable et de gravier qui servira à aménager les sentiers du boisé, tâche confiée à la Société des sentiers de la région de la Capitale-Nationale de Québec, l’employeur de Sébastien. C’est un évènement insolite, mais Sébastien demeure concentré et coordonne les opérations. Ces tonnes de matériaux permettront l’aménagement et la consolidation de 2,3 km de sentier. La mission de Sébastien? Faire en sorte que les aménagements soient durables.

 

Poste :
superviseur de projets
Employeur :
Sentiers de la Capitale
Localisation:
Québec (Capitale-Nationale)
Fonctions  :
Gestion et supervision de plusieurs projets chez Sentiers de la Capitale; participation à la planification, mais surtout à la correction des tracés de sentiers pédestres sur le terrain; aménagement et consolidation de sentiers permettant un accès sécuritaire au milieu naturel; développement de nouveaux projets; montage budgétaire et recherche de subventions; supervision d’employés.

« On n’est pas des bûcherons, on n’abat pas les gros arbres. Le but c’est d’amener les gens à contempler la forêt. »

Champs d’intérêt
C’est en travaillant au sentier des Caps que Sébastien a développé son intérêt pour l’aménagement de sentiers. « J’ai eu la chance de me joindre à une équipe extraordinaire et d’avoir un chef d’équipe motivé et motivant qui m’a donné la piqûre du métier », mentionne-t-il. Ce que Sébastien apprécie tout particulièrement, c’est la sérénité que lui apporte la forêt. « La paix qu’on ressent lorsqu’on prend le temps de s’arrêter cinq minutes pour entendre le vent, ça calme! », confie-t-il. Il est donc rare qu’il n’ait pas envie de se lever pour aller travailler, mais il avoue qu’il se passerait parfois des longs déplacements qu’il doit faire.

« Ce que j’aime le moins, c’est le contexte de l’organisme à but non lucratif. La stabilité est là, mais on doit faire face à la difficulté qu’a l’organisme à se maintenir en vie. On doit constamment chercher du financement et parfois on a davantage ça en tête que d’aménager la forêt », déplore Sébastien. « Il faut savoir être patient face à l’aboutissement des projets », conclut-il.

Qualités recherchées
L’endurance physique est la qualité première du technicien en aménagement récréoforestier. « On travaille durant de longues heures, souvent en terrain montagneux et il faut souvent marcher pour se rendre au lieu de travail. » Sans être nécessairement fort physiquement, un bon technicien se distingue par sa capacité à appliquer lui-même les bonnes techniques d’aménagement ou à les transmettre à une équipe de travail. La conscience environnementale fait aussi partie des considérations que le chef d’équipe en aménagement doit avoir en tête. « L’aménagement de sentiers a pour but de donner accès au milieu naturel. On n’est pas des bûcherons, on n’abat pas les gros arbres. Le but c’est d’amener les gens à contempler la forêt », précise Sébastien.

Même s’il travaille beaucoup, Sébastien concède que le travail de terrain n’est pas stressant. Ce sont plutôt les contraintes de budget et le travail de bureau qui lui donnent parfois de petites sueurs. « Il s’agit quand même d’une bonne motivation, pas d’une pression négative », ajoute-t-il.Faut-il être à l’aise avec l’informatique pour pratiquer ce métier? « Il y a des techniciens qui n’auront jamais à y toucher; moi, j’ai des bilans à faire, des budgets, de l’infographie et des corrections de données GPS. Connaître l’informatique, ça élargit les horizons », mentionne-t-il.

Formation
Sébastien, qui travaillait auparavant dans le domaine de l’imagerie, ne regrette pas sa réorientation. C’est en participant au projet Connexion compétences en aménagement de sentiers au centre de plein air le Saisonnier de Lac-Beauport qu’il a rencontré Guy Bergeron, professeur en aménagement de sentiers au collège Notre-Dame-de-Foy. Hésitant devant la formation privée qu’il jugeait coûteuse, il a laissé mûrir son choix. Il a ensuite travaillé à l’aménagement du sentier des Caps dans Charlevoix, une expérience qui l’a convaincu de commencer la formation l’automne venu.

Son expérience du terrain lui a permis de profiter au maximum de la formation. « C’est très intéressant de constater la différence entre des aménagements faits par un technicien et ceux réalisés par une personne non formée », commente Sébastien. « La formation n’est pas obligatoire, mais elle est très utile. Les techniques d’aménagement apprises avec Guy Bergeron sont directement applicables sur le terrain. On y apprend aussi la planification des tracés, la géomorphologie et l’interprétation de photos aériennes, entre autres choses », ajoute-t-il.

C’est d’ailleurs dans le cadre de ses études que Sébastien a fait un stage aux Sentiers de la Capitale. Il travaille depuis pour ce même employeur et a rapidement gravi les échelons en quatre ans, passant de manoeuvre à chef d’équipe, pour enfin devenir superviseur. Dans son nouveau poste, il aimerait engager des finissants en techniques d’aménagement récréoforestier, mais comme il n’y a environ que huit diplômés par année, ce n’est pas évident. « Une chose est sûre, confirme Sébastien, c’est que tant qu’il y aura des fonds pour l’aménagement, on va continuer à avoir besoin de finissants pour rendre la forêt accessible aux randonneurs. »

Horaire et milieu de travail
Sébastien ne dispose pas d’un horaire très flexible, car c’est la météo et la sécurité des travailleurs qui orientent l’horaire de travail. Il commence sa journée très tôt : après une heure de route, il arrive sur le terrain vers 7 h. Il vérifie si les travaux avancent bien, après quoi il passera au bureau pour régler certains dossiers, si nécessaire. Cependant, il n’est pas rare que Sébastien passe une bonne partie de la journée à participer aux travaux qu’il supervise. « En soirée, je passe généralement trente minutes au téléphone pour faire le suivi des projets et planifier la journée suivante », termine-t-il.

Les semaines d’un technicien en aménagement récréoforestier comptent de 36 à 40 heures, avec des journées de 9 à 10 heures. « On travaille sur toutes sortes de terrains, peu importe le temps qu’il fait. Cependant, notre horaire de quatre jours avec une journée de congé mobile nous permet généralement de profiter des plus belles journées, plus propices à l’aménagement de sentiers », précise Sébastien, le sourire aux lèvres. Toutefois, il n’échappe pas toujours aux intempéries, car il se doit de terminer les travaux dans les délais convenus. « En forêt, on vit toutes les conditions : la neige, le froid, les orages, etc. C’est difficile, car il faut souvent marcher sur de longues distances. Les mouches aussi sont parfois désagréables, mais ça fait partie de la forêt. Je n’ai pas à me plaindre, car même en étant superviseur, je passe 75 % à 80 % de mon temps dehors », confie Sébastien.

Rémunération
Le salaire, oscillant entre 9 $ et 20 $ l’heure en moyenne, varie beaucoup d’un milieu de travail à l’autre. Il arrive aussi que le salaire s’ajuste en fonction du contrat d’aménagement ou d’entretien obtenu par l’organisme pour lequel travaille le technicien. « C’est souvent le cas chez Sentiers de la Capitale, mais on s’impose un salaire minimal. Le technicien qualifié ne sera jamais payé moins de 12 $ l’heure et peut espérer voir son salaire augmenter à 14 $ l’heure », soutient Sébastien. « Dans les parcs provinciaux, les salaires commencent généralement à 12 $ l’heure avec l’avantage pour le technicien de pouvoir occuper un poste permanent, quoique la tendance va de plus en plus vers des emplois occasionnels », complète-t-il.

« Dans ce domaine, il y a peu de sécurité d’emploi. Il faut vouloir faire au moins deux types d’emplois et accepter de changer d’employeur l’hiver », mentionne Sébastien. La formation donne aussi les bases pour l’entretien des sentiers hivernaux. « Ceux qui se qualifient ont aussi la possibilité d’avoir recours à l’Assurance-emploi, mais ça peut parfois jouer des tours », prévient Sébastien. « Si on n’a pas travaillé l’hiver, il suffit qu’une subvention pour l’aménagement ou l’entretien d’un sentier pédestre soit fortement retardée ou refusée pour qu’un contrat tombe à l’eau. »

Selon Sébastien, la rémunération est conséquente de la réalité du métier. Lorsqu’il y a des retards dans l’aménagement d’un sentier, il arrive que certains employés travaillent la fin de semaine ou un jour férié, mais la rémunération sera ajustée de manière correspondante. De plus, Sébastien n’a pas à se procurer lui-même l’équipement dont il a besoin pour son travail et lorsqu’il a de longs déplacements à faire, le kilométrage lui est remboursé en fonction du type de véhicule utilisé. « Comme on fait de longues journées, notre demi-heure de dîner nous est aussi rémunérée », ajoute-t-il.

Défis et perspectives
Même s’il apprécie grandement son métier, Sébastien aimerait être plus libre de penser l’aménagement. Il espère que le financement des intervenants en sentiers s’améliorera. De plus, Sébastien ne semble pas penser qu’il manquera de travail au cours des prochaines années. « Il y a beaucoup d’expertise à développer dans le domaine de l’aménagement de sentiers en vue de rendre le milieu naturel accessible », confirme-t-il. « La marche est une belle activité, elle amène les gens à se conscientiser par rapport à la forêt. »

Conseils
Afin de se confronter à la réalité du métier, Sébastien recommande de l’essayer en tant que manoeuvre, car les conditions de travail risquent d’être sensiblement les mêmes que pour le technicien en aménagement récréoforestier. Dans la vie de tous les jours, l’aménagement de sentiers se fait rarement de façon aussi ordonnée que lors de la formation, il faut donc savoir s’adapter.

À ceux qui sont intéressés par ce métier, Sébastien conseille d’être patients et prêts à ce que les choses progressent tranquillement. « Le financement n’arrive pas toujours au moment idéal, mais il y a toujours du travail pour ceux qui sont motivés », conclut-il.

Retour aux métiers