
Jean Lamontagne , Arboriculteur
Jean Lamontagne est l’un des pionniers de l’arboriculture au Québec. Après avoir obtenu un DEC en technologie forestière, qui était à l’époque la formation la plus proche de l’arboriculture, il est devenu arboriculteur-élagueur et a lancé, en 1975, une des premières entreprises d’arboriculture à Québec. Il a par la suite activement contribué au développement de la discipline au Québec en participant à l’élaboration du programme de formation professionnelle en arboriculture-élagage. On lui doit aussi la mise sur pied d’un cours de foresterie urbaine offert dans le cadre du certificat en horticulture et gestion d’espaces verts de la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation à l’Université Laval et d’un cours à distance de niveau collégial en arboriculture urbaine. Il enseigne aujourd’hui au centre de formation professionnelle Fierbourg, à Québec, en plus d’être consultant en arboriculture. Sa passion évidente pour la conservation de l’arbre en milieu urbain est sans aucun doute à la base de ce parcours professionnel si complet.

Poste : |
Consultant en arboriculture et professeur en arboriculture-élagage |
Employeur : |
Centre de formation professionnelle Fierbourg |
Localisation: |
Québec |
Fonctions : |
Dans le cadre de son poste d’enseignant, il donne plusieurs cours en arboriculture. Pour ce qui est de son entreprise de consultation en arboriculture, il offre ses conseils à des propriétaires privés ayant des difficultés avec des arbres se trouvant sur leur terrain, il prescrit des traitements à donner aux arbres et il témoigne à la Cour du Québec en tant qu’expert pour des situations qui concernent des arbres ayant endommagé une propriété. Il travaille également pour des compagnies d’assurances et divers organismes qui ont besoin de connaître la valeur des arbres endommagés et les traitements nécessaires à leur guérison. |

« Tu travailles à plusieurs mètres au niveau du sol avec des instruments de travail potentiellement dangereux. Tu es constamment sur tes gardes. [...] C’est un métier d’adrénaline. »
Champs d’intérêt
« Moi, ce que j’aime, c’est aller diagnostiquer sur le terrain et être capable de dire au client qu’on peut sauver son arbre. Je suis allé voir un propriétaire qui avait deux beaux grands érables bien situés à l’avant de son terrain : l’image parfaite. Il croyait devoir couper un de ses arbres, car il y avait une grosse fourche qui commençait à fendre et ça devenait dangereux. On a pu faire quelque chose. En élaguant les mauvaises branches, en haubanant la fourche et en allégeant la cime de l’arbre, cet arbre pourra demeurer là encore 15 ou 20 ans. Mon client était très heureux d’apprendre ça. »
Pour Jean, intervenir auprès de propriétaires privés, c’est également une occasion de les éduquer. « Les gens ne connaissent pas toujours la valeur de l’arbre, son rôle environnemental et son fonctionnement. Lorsqu’on intervient sur des terrains privés, on éduque les propriétaires. Il y a beaucoup d’incompréhension : il y a par exemple des gens qui croient que les branches montent en même temps que l’arbre pousse, comme si l’arbre sortait du sol au lieu de pousser par le haut! »
Qualités recherchées
« Le plus important, c’est d’aimer travailler à l’extérieur et d’aimer la nature. Il faut aussi avoir un bon sens de l’équilibre, ne pas avoir le vertige et être en mesure de travailler physiquement durant de longues périodes. Il faut être prêt à travailler avec de la machinerie mécanisée comme des camions, des déchiqueteuses de branches, des essoucheuses et des scies mécaniques. »
En plus d’avoir de bonnes aptitudes physiques, Jean mentionne qu’il est important de pouvoir travailler en équipe. « Pendant qu’une personne est dans les airs et coupe des branches, une autre se trouve en bas et s’assure de la sécurité des passants ou encore, comme c’est souvent le cas en ville, de la circulation automobile. Ça demande une bonne communication entre les élagueurs. »
Formation
On peut se demander quelle est la nuance entre les termes élagage et arboriculture et si l’obtention du diplôme d’études professionnelles (DEP) permet de faire les deux. « L’élagueur entretient et coupe convenablement les branches mortes ou vivantes de l’arbre. L’arboriculteur peut quant à lui poser un diagnostic par rapport aux caractéristiques de l’arbre qu’il observe. L’arboriculteur va pouvoir répondre aux questions suivantes : Est-ce que l’arbre est dangereux? Est-il nuisible ou va-t-il poser des problèmes? Est-il malade? Est-il est soignable? Ça prend un grand sens de l’observation et un bon jugement, car si l’arbre cause des dommages à la suite d’un mauvais diagnostic ou d’un mauvais traitement, l’arboriculteur pourrait avoir des problèmes. Ça prend un certain nombre d’années d’expérience dans le domaine avant de devenir un bon arboriculteur. »
Pour ce qui est de la formation, Jean assure qu’en plus d’enseigner les techniques d’élagage de manière très pratique, elle donne la théorie nécessaire pour devenir un bon arboriculteur. « Il y a plusieurs cours qui concernent les soins à accorder à l’arbre. Il y a notamment un cours sur les insectes et les maladies pouvant nuire au développement de l’arbre en milieu urbain. Il y a également un cours sur les fertilisants, les amendements, les mycorhizes, les engrais et tout ce qui a rapport avec l’amélioration du sol pour que l’arbre ait une meilleure qualité de vie. Un autre cours porte sur l’évaluation des arbres en milieu urbain. C’est devenu une technique très complexe de dire combien vaut un arbre, mais c’est une information très prisée par les compagnies d’assurances, les gouvernements et le système judiciaire. On peut imaginer une chicane de voisins ou l’un coupe l’arbre de l’autre sans son autorisation. La Cour a alors besoin d’une évaluation de la valeur de l’arbre afin de donner suite aux plaintes. »
Pour quelqu’un qui, après avoir obtenu un DEP en arboriculture, voudrait poursuivre ses études, les formations complémentaires sont quasi inexistantes. « Au niveau collégial ou universitaire, il n’y a strictement rien. C’est possible d’aller chercher un certificat en gestion des espaces verts à l’Université Laval, dans lequel il y a un cours sur l’arboriculture. Ce certificat ne s’attarde toutefois pas beaucoup à l’arboriculture, mais plutôt à l’aménagement urbain. » À ceux qui s’interrogent au sujet des programmes de foresterie collégiaux et universitaires, il répond que « l’ingénieur forestier et le technologue forestier vont gérer la forêt dans son ensemble, mais ils ne s’attardent pas réellement à l’arbre comme tel. Concernant l’arbre en milieu urbain, ils n’ont qu’une formation très limitée. Au baccalauréat en génie forestier et au DEC en technologie forestière, il n’y a qu’un seul cours portant sur l’arboriculture. »
Horaire et milieu de travail
Le travail commence généralement très tôt le matin et, normalement, l’horaire est de 7 h à 16 h. Il faut savoir que les travaux d’élagage sont rarement exécutés durant l’hiver. « En entreprise privée, on commence à travailler au début ou à la mi-avril et on se rend jusqu’en décembre. C’est un travail saisonnier. Durant l’hiver, plusieurs se trouvent un autre emploi saisonnier qui peut-être, par exemple, lié au déneigement. La durée du travail effectué durant l’été est amplement suffisante pour obtenir de l’assurance emploi durant l’hiver. Par contre, après avoir travaillé deux à quatre années pour une entreprise privée, plusieurs choisissent plutôt de lancer leur propre entreprise d’arboriculture-élagage. Cela, bien sûr, rallonge la saison de travail, car il y a plusieurs tâches de gestion à effectuer lorsqu’on met sur pied sa propre entreprise. C’est également très valorisant d’avoir sa propre entreprise. »
Rémunération
« Les entreprises de dégagement du réseau électrique font partie d’un regroupement de travailleurs syndiqués qui offre des conditions de travail intéressantes : le salaire commence à 14,58 $ l’heure. C’est quand même pas mal pour un cours de niveau professionnel. Dans le privé, ça commence à 12 $ ou 13 $ l’heure, mais ça monte très vite. Dès que l’employeur remarque une certaine productivité au travail, il n’hésite pas à monter le salaire de quelques dollars l’heure pour garder son employé. Les entreprises sont en concurrence pour obtenir les services d’élagueurs formés et performants. La demande est extrêmement forte. »
Le regroupement des travailleurs syndiqués, communément appelé « le réseau » dans le milieu, peut sembler être un milieu de travail plus avantageux au niveau de la sécurité d’emploi et du salaire, mais Jean préfère travailler pour le privé. « Quand tu travailles pour le réseau, tu ne t’occupes pas de l’arbre, tu t’occupes des fils électriques. Tu feras toujours le même type d’élagage, c’est donc très restrictif au niveau du type d’intervention. Par rapport au privé, tu ne feras pas vraiment d’arboriculture. Travailler pour le réseau, c’est parfait pour ceux qui préfèrent une bonne sécurité d’emploi et c’est ton ancienneté qui y dictera ton salaire. Au privé, c’est différent : tu peux gagner plus que d’autres qui sont plus anciens que toi si tu possèdes une formation et que tu travailles bien. »
Défis et perspectives
« C’est un métier en développement : plus on va prendre conscience de l’importance de l’arbre, plus on va planter d’arbres et plus on aura besoin d’arboriculteurs. » Jean mentionne que les villes commencent à prendre conscience de l’importance de l’arbre. « En plus des entreprises privées, il y a de plus en plus de postes d’élagueurs offerts par des villes qui cherchent à protéger leur patrimoine naturel. » Certaines villes sont d’ailleurs très avant-gardistes à propos de la conservation de leurs arbres. « La municipalité de Lac-Beauport surveille de très près la coupe d’arbres sur son territoire et cherche à éviter d’inutiles coupes d’arbres lors de construction domiciliaire. Les règlements y sont très sévères. »
Selon Jean, le principal défi dans le travail quotidien d’un élagueur est de travailler en toute sécurité. « Tu travailles dans des conditions dangereuses, tu manies une scie mécanique à plusieurs mètres au-dessus du niveau du sol. Il faut toujours être sur ses gardes. » Jean nous rassure en affirmant que la formation est très axée sur la sécurité. « Ce qui a amené le gouvernement à [instaurer le cours], c’est le nombre élevé de blessures qu’il y avait dans le milieu : un taux effarant d’accidents et d’électrocutions! Le cours a donc été axé sur l’enseignement de techniques beaucoup plus sécuritaires que ce qui se faisait antérieurement. Le travail est maintenant effectué à l’aide de câbles, d’élingues et de mousquetons. Les équipements de sécurité sont obligatoires et le nombre d’accidents a énormément diminué. Le cours est d’ailleurs très populaire auprès des jeunes, notamment en raison des notions d’escalade qu’on y apprend. »
Conseils
« C’est important de savoir dans quoi on s’embarque. Au centre de formation professionnelle Fierbourg, on organise des journées portes ouvertes où il est possible de passer une journée type avec un arboriculteur-élagueur. » À la blague, Jean lance que ce n’est pas un métier de« granolas ». « C’est important d’aimer les arbres et l’environnement, mais il reste que c’est un métier très mécanisé: tu travailles sans arrêt avec la scie mécanique et d’autres outils qui fonctionnent au gaz. C’est aussi très physique. » Jean encourage les amateurs de sensations fortes à envisager de faire ce métier, car selon lui, « c’est un métier d’adrénaline ».
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